D’une grande idée au grand projet – une Maison des cultures pour les associations étrangères | Assemblée constitutive du Grand Fribourg
05.02.2019 |
Opinion

D’une grande idée au grand projet – une Maison des cultures pour les associations étrangères

Dans le périmètre du Grand Fribourg, de nombreuses personnes d’origine étrangère, intégrées professionnellement et socialement dans la société suisse depuis des années, se débrouillent pour faire vivre leur culture et la transmettre à leurs enfants. Ce n’est pas si évident. D’expérience, la transmission et l’apprentissage de la culture se passent mieux en communauté, et pour attirer le monde, l’envie seule ne suffit pas. Pour ces familles déjà beaucoup sollicitées, l’implication dans la vie de leur communauté ou d’une association culturelle étrangère passe souvent au second plan et laisse la place aux activités locales. La fusion du Grand Fribourg serait l’occasion de créer un lieu de rencontre communal qui permette à la fois de soutenir l’activité des associations étrangères et d’encourager les gens à faire vivre leurs cultures. 

Prenons mon exemple. Je suis venue en Suisse il y a dix-huit ans pour découvrir ce joyau de l’Europe. J’ai toujours été active dans la vie sociétale à tous les niveaux, ce qui me permet de bénéficier d’une riche expérience associative. Comme la majorité des étrangers, j’avais envie de m’intégrer et j’ai réussi, en apprenant l’histoire et les traditions suisses. Mais en même temps, j’ai gardé dans l’esprit cette volonté de transmettre ma culture d’origine à mes enfants et aux autres. Après avoir déménagé à Fribourg après dix ans de séjour en terre vaudoise, j’avais envie de recréer l’atmosphère de l’association russe dont j’ai été membre pendant de nombreuses années. Amoureuse de folklore, j’ai créé un groupe de danse slave à Fribourg ouvert à tous. Il était hébergé par la Maison des Générations Futures, qui a malheureusement cessé son activité. Comme l’association turque ASNEVA, qui a aussi gracieusement bénéficié de ces locaux, j’ai été contrainte d’interrompre l’activité du groupe et de chercher une autre solution. Faire vivre son association est un parcours du combattant. Souvent, ce ne sont pas les compétences et les idées qui manquent, mais les ressources financières et l’infrastructure, qui représentent souvent un frein à l’activité des associations. Nombre d’entre elles doivent cesser leur activité par manque de soutien, comme ce fut le cas pour «FIMM – forum pour l’intégration des migrants».  Je dois dire qu’à Fribourg, par rapport aux autres villes, les relations et les liens entre les associations aident souvent mais, pour l’instant, ce n’est pas centralisé et souvent la communication entre les différents acteurs est insuffisante.

Un besoin de visibilité et d’échange
L’état actuel de la chose est que l’activité des associations culturelles étrangères n’est pas mise en évidence et surtout n’est pas valorisée. Bien que tous soient bénévoles, il est très difficile de faire vivre son association sans soutien externe. La recherche de fonds privés dans un lieu où on n’a pas grandi n’est pas toujours évidente, par manque de connaissances et de relations, mais aussi par manque d’intérêt de la part des acteurs locaux malgré la bonne santé économique dans le canton. Il reste à compter sur les membres actifs ou passifs, mais eux aussi sont déjà pas mal engagés financièrement, sans parler de l’augmentation constante du coût de la vie. Les maigres cotisations ne permettent pas de couvrir les dépenses liées au développement des activités d’une association. Le même constat est fait par Gilbert, Président de l’association «Urumuri», créée il y a quinze ans dans le but de promouvoir la mixité des membres de différentes communautés et l’échange interculturel. Pour pouvoir proposer une offre culturelle pour les communautés concernées en attirant également la population autochtone, il y a besoin d’une infrastructure – un local. Pour le moment, j’ai le sentiment que les autorités soutiennent les projets culturels de manière ponctuelle et que cela concerne une minorité. Fréquemment en contact avec quelques associations étrangères, j’ai pu observer que la majorité des associations restent dans leur coin. Il n’y a pas beaucoup d’échange, souvent par manque de visibilité et de communication sur la vie culturelle des communautés étrangères.

Un espace pour valoriser les cultures
L’arrivée du projet «Grand Fribourg» présente à mes yeux une possibilité de réflexion sur ce sujet important. Le Grand Fribourg pourrait être pionnier en la matière en créant une Maison des Cultures, tant souhaitée et attendue par de nombreuses communautés étrangères et la population locale. Accessible à toutes et à tous, elle valoriserait davantage la vie des associations étrangères en offrant des événements culturels (expositions, concerts, séminaires, conférences, rencontres thématiques, etc.) et la promotion de la culture locale mixte. Elle contribuera ainsi à combattre les stéréotypes et les généralités. Ma première proposition de projet pour cette Maison des Cultures serait éventuellement la création d’une exposition intitulée «Valeur ajoutée de Fribourg: les sons, les rythmes, les couleurs, les visages».

 


 

Divers·e·s représentant·e·s de la société civile se sont porté·e·s volontaires pour créer des chroniques sur les histoires, les personnalités et les particularités qui caractérisent leur commune. Au travers de leurs publications, ces personnes externes à l'Assemblée constitutive explorent l’identité du Grand Fribourg. Elles abordent aussi différents sujets en lien avec la fusion des communes.

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Anastassia Tendon

Fribourg