09.07.2019 |
Opinion

«La petite casserole d’Anatole», Isabelle Carrier

Dans le Grand Fribourg à ce jour, 155 élèves ayant des difficultés avérées sont intégrés dans le système ordinaire. Comme Anatole et comme nombre d’entre nous, ils traînent derrière eux une petite casserole qui les empêche d’avancer à la même vitesse que leurs camarades.

Ce sont des enfants un peu différents, bien que cela ne se voie souvent pas. Cette casserole est parfois encombrante, elle se coince un peu partout, elle provoque quelquefois des frustrations. Les élèves qui doivent la traîner bénéficient de mesures à différents niveaux afin de les aider à diminuer ou à gérer l’écart les séparant de leurs camarades. Une batterie de moyens, d’outils et de soutiens est donc mise en place pour leur permettre de vivre leur scolarité avec leur casserole. L’école reste cependant prisonnière d’une volonté sociétale et politique valorisant la performance et la réussite. Par conséquent, le système mis en place ne suffit pas toujours à compenser le déficit et à maintenir l’enfant au sein de son quartier ou de son village.

Il est alors accueilli dans une des écoles spécialisées qui sont au nombre de cinq dans le Grand Fribourg. Elles offrent des prestations relevant de la déficience intellectuelle, de la surdité, des troubles du langage, du retard scolaire. A elles s’ajoutent deux Centres thérapeutiques de jour (francophone et alémanique), qui scolarisent, pour un temps, des enfants ayant des difficultés de comportement en mettant l’accent sur un soutien psychologique. Le Grand Fribourg jouit donc d’une offre fournie qui recouvre la plupart des besoins connus à ce jour. 

Dans cette palette de prestations, parler d’exclusion de l’école pour certains élèves traduirait un manque de connaissance de la problématique. Le concept d’intégration – à ne pas confondre avec celui d’inclusion – présuppose une capacité d’adaptation au système, l’enfant devant accomplir des efforts importants. Le choix de garder les institutions spécialisées souligne la volonté de trouver le lieu qui correspond le mieux aux besoins éducatifs particuliers de chacun. En soit, le mot intégration ne veut pas dire grand chose. On peut en effet être bien intégré dans un milieu ouvert et mal dans un milieu fermé. Mais l’inverse est aussi vrai. Il convient alors de chercher la juste place pour chacun. Certains jugeront que le nombre de 155 élèves intégrés est insuffisant au vu des affirmations politiques article 6 de la Loi sur la pédagogie spécialisée.

Il faut cependant prendre en compte le fait que l’enseignement obligatoire doit affronter de nombreux défis et l’intégration ne touche pas seulement les élèves à besoins particuliers mais aussi, entre autres, les enfants immigrés. Il n’est pas opportun ici de recommencer le débat sur la pédagogie spécialisée, débat ayant déjà duré des années. Les personnes qui seraient intéressées à approfondir ce thème peuvent se référer au concept de l’enseignement spécialisé.

Pour illustrer ce passage,voici un flash autour de deux questions:

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi le passage en institution spécialisée est parfois nécessaire? Quelle en est la plus-value?

M. Stéphane Favre, directeur de l’Institut St-Joseph à Villars-sur-Glâne: Il peut arriver, à un moment ou à un autre de la scolarité de l’enfant à besoins éducatifs particuliers, que l’intégration ne soit plus à même d’apporter les réponses souhaitées et suffisantes à la progression de l’enfant. C’est à ce moment-là que le passage en institution peut s’avérer bénéfique. Les élèves, scolarisés dans les classes de langage par exemple, ne sont que «de passage» dans nos structures. Ils y effectuent un travail spécifique de quelques années qui doit leur permettre, à un moment ou à un autre, d’envisager un retour dans une classe de la scolarité ordinaire. D’autres élèves trouveront une meilleure réponse à leurs besoins au sein d’une institution à long terme.

En cas d’approbation par les citoyens de la nouvelle loi sur la fusion, quels vont être les changements pour les services de logopédie, psychologie et psychomotricité financés par les communes?

M. Stéphane Noël, Chef de Service de l’enseignement spécialisé et des mesures d’aide: La consultation sur la fusion du Grand Fribourg a été soumise aux départements du canton, et pour la DICS, les services doivent bien entendu y proposer des éléments. De manière informelle, je peux en tout cas dire que pour les Services de logopédie, psychologie et psychomotricité, la décision de l’organisation reviendra à la commune fusionnée: statu quo ou changement? Cela est en lien avec la loi scolaire et au rôle des communes.

 


 

Divers·e·s représentant·e·s de la société civile se sont porté·e·s volontaires pour créer des chroniques sur les histoires, les personnalités et les particularités qui caractérisent leur commune. Au travers de leurs publications, ces personnes externes à l'Assemblée constitutive explorent l’identité du Grand Fribourg. Elles abordent aussi différents sujets en lien avec la fusion des communes.

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Brigitte Steinauer

Récemment à la retraite, anc. directrice aux Buissonnets, très engagée dans le domaine du social