14.03.2019 |
Interview

Fribourg, ville de rencontres par le cinéma

A sa fondation en 1980, pour le 25ème anniversaire d’Helvetas, il visait à montrer la richesse culturelle des pays où œuvrent les organisations suisses d’aide au développement. Il est aujourd’hui un incontournable de la vie culturelle fribourgeoise. Je parle du Festival International de Films de Fribourg (FIFF). Mais au-delà de la compétition, que révèle-t-il sur Fribourg et ses habitants? Rencontre avec Martial Knaebel, premier directeur et Thierry Jobin, actuel directeur artistique.

Pourquoi avoir choisi Fribourg?

M.K.  Il faut savoir qu’au départ, le festival était itinérant: les films circulaient dans 5 ou 6 villes de Suisse dont Fribourg. Après la 2ème édition, on s’est aperçu que c’est à Fribourg qu’il marchait le mieux. Alors, Magda Bossy, secrétaire romande d’Helvetas, a poussé les œuvres d’entraide à organiser le festival tous les deux ans à Fribourg.

Fribourg a toujours été ouverte sur le monde: des tas de congrégations religieuses ou d'organisations envoyaient des missionnaires ou des volontaires dans le monde entier. Beaucoup d'habitants de la ville de Fribourg et des environs avaient donc un parent qui était parti comme missionnaire en Afrique ou ailleurs. Et c’est pour voir des images de ces pays dont ils entendaient parler qu’ils venaient voir les films du festival. C'était ce qui faisait le succès du festival, alors précurseur en Suisse.

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Peut-on dire que le FIFF a su s'adapter au public et à l'évolution de la société?

T.J. Probablement. En tout cas, pour moi ça a été très important de venir immédiatement habiter à Fribourg. Mettre sur pied un festival aussi important dans une si petite ville, ça ne peut pas se faire en vivant à Genève ou à Lausanne. Il faut vivre ici. Il faut vivre ici aussi pour comprendre comment les gens réagissent, réfléchissent, quel est leur humour, qu'est-ce qu'ils aiment bien comme événement, qu'est-ce qui peut les surprendre, etc. Ce qui m'a le plus impressionné, c'est la curiosité qui est née de toutes ces éditions passées. Certains cinéastes suisses qui font la tournée des villes pour présenter leur nouveau film m'ont dit que quand ils viennent à Fribourg, ils sentent quelque chose de différent, que les gens ont l'habitude de voir des choses qu'ils ne connaissent pas. Le FIFF cherche à montrer aux gens des choses qu'ils ne connaissent pas encore.

 

Pour vous, quelle est la particularité du public fribourgeois?

T.J. Le public fribourgeois est un public curieux, qui est devenu un public confiant. Donc, il ne faut pas galvauder cette confiance. Il sent quand on choisit avec le cœur, avec les tripes.

Il y a, de plus, une vraie curiosité pour les sujets de société. Par exemple, dans la section décryptage «Noire n'est pas mon métier», des actrices noires se révoltent. Si on transpose ça à la Suisse, on se demande où sont nos acteurs noirs? Ça provoque un effet de miroir qui est intéressant. Dans la section Nouveaux territoires Caraïbes, évidemment tout le monde pense à Pirates des Caraïbes et une curiosité naît par le fait que la réalité est bien différente. Elle relie d'ailleurs un peu la section «Noire n'est pas mon métier» par un passé d'esclavagisme.

 

En quoi le FIFF contribue-t-il à la richesse culturelle de Fribourg?

M.K. Le but du festival pour Magda Bossy, c'était de célébrer les 25 ans d'Helvetas d'une manière qui ne soit pas une auto-congratulation pour les choses merveilleuses qu'Hevetas avait faites. Elle voulait montrer que si les organisations suisses soutenaient des projets d'aide au développement et aidaient au développement de certaines contrées, ces pays avaient des cultures qui représentaient une richesse pour toute l'humanité. Présenter des films venant de là-bas, c’était aussi et surtout montrer les richesses de ces pays au niveau culturel.

T.J. Pour entrer dans une culture, c’est bien de voir les films très pointus de grands auteurs, comme ceux qui sont en compétition. Mais c’est bien aussi de savoir ce qui fait rire, ce qui fait pleurer, ce qui excite, ce qui fait peur aux populations du monde entier. C’est là où une section comme le cinéma de genre, consacré cette année à la comédie romantique, est intéressante. Une comédie romantique, c’est toujours une rencontre, une contradiction et un happy end à la fin. La projection d'une dizaine de comédies romantiques du monde entier, du Honduras jusqu’à la Corée du Sud, montre les différences de culture.

 

Le FIFF a-t-il un rôle politique?

M.K. Il y a un aspect politique dans le sens qu'à l’époque, c'était la fin des guerres d’indépendance, l’apartheid était encore présent, les dernières colonies portugaises venaient à peine de tomber. Il y avait donc une volonté de parler de ce qui se passait au niveau politique dans ces pays. Cette volonté s’est affirmée de plus en plus sous ma direction parce qu’une meilleure connaissance de ces pays, c’était aussi une meilleure connaissance des conditions sociales, des rapports sociaux qui existaient dans ces pays, entre les pays dits du Sud et les anciennes métropoles coloniales et entre le 1er monde et le 2ème monde, monde communiste.

T.J. Bien évidemment. C'est un rôle de travail sur la tolérance. On a peur de ce qu'on ne connaît pas et les partis politiques qui jouent sur ça le savent bien. Vous pensez quelque chose des Caraïbes, alors on va vous montrer l'autre face. Vous pensez connaître la comédie romantique parce que vous voyez des films français, mais venez voir une comédie romantique chinoise, comme celle qu'on a en ouverture, qui a un arrière fond politique très original qui va beaucoup plus loin. La Chine, ce n'est pas qu'une espèce de grosse machine industrielle comme on l'imagine depuis ici. C'est aussi des gens qui vivent ou qui survivent dans des conditions qui ne sont pas exactement les nôtres mais qui ressemblent énormément. Je n'aime pas le prétexte: je n'aime pas les films débat. Le film doit être là parce qu'il est un film, il ne doit pas être là pour illustrer un sujet. C'est une oeuvre d'art, c'est un moment de divertissement et puis c'est tant mieux si ça provoque des discussions, si tout à coup, ça ouvre les yeux sur quelque chose de tout à fait inattendu.

 

Votre moment fort?

M.K. Il y a eu des moments forts à chaque édition, quand on voyait que certains films touchaient un public. C’était chouette de voir le soutien des gens. En 1986, quand nous sommes allés voir l’exploitant de salle Marc Salafa, il nous a tout de suite dit: «Oui, je vous laisse le Rex 3, 110 places et on verra ce qui se passe». Le premier soir, je crois qu'on projetait le film «Emitaï» de Ousmane Sembène, un cinéaste sénégalais, la salle était comble! Il nous a transférés dans le Rex 1. Pour nous, ça a été un choc. Même Marc Salafa me disait: «Ecoute, je n’ai quasiment jamais vu ce public dans mes salles». C’était beaucoup de personnes d’âge mûr, beaucoup de gens dans la quarantaine mais aussi pas mal d’étudiants. C’était un mélange qui était assez chouette. On ne pensait pas que ça allait marcher et ça a toujours marché. Et là, on en revient à cette ouverture du public fribourgeois qui est assez extraordinaire.

T.J. Son moment fort en vidéo.

 


Mon prix coup de coeur: le Prix Visa Etranger

Chaque année, les hautes écoles de cinéma suisses dont les étudiant-e-s tournent des films sont invitées à envoyer au maximum 20 minutes de courts métrages. Cette «crème de la crème» signée par la future relève helvétique est soumise à la sagacité des invités de la section Nouveau Territoire. Cette année, des auteurs et producteurs  des Caraïbes porteront leur regard et leur jugement sur le travail des jeunes suisses. Ce prix permet d’inverser les perspectives habituelles: c’est le Sud qui regarde le Nord. Ce prix est soutenu par Fribourg-Solidaire et E-changer.

Le 16 mars 2019 à 20h15, Arena 7. Entrée gratuite.

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Cécile Hétault

Solidarisches-Freiburg, Corminboeuf