24.09.2019 |
Article factuel

Une histoire de mobilité douce

La mobilité est l’un des thèmes incontournables des centres urbains et le Grand Fribourg n’y échappe pas. Faire cohabiter les piétons, les automobilistes, les cyclistes, les adeptes de la trottinette électrique et les transports en commun dans l’espace public est un défi bien contemporain. Pourtant, dans la deuxième moitié du 19e siècle, c’est l’arrivée d’un nouveau moyen de transport qui inquiète les autorités: les vélocipèdes.

En 1869 parait le premier règlement cycliste de la Ville de Fribourg. On y apprend qu’il est interdit de faire la course avec son vélocipède à l’intérieur de la ville, car, «les rues tortueuses et étroites ne permettent pas ce genre d’exercice». Les cyclistes doivent s’arrêter lorsqu’un char tiré par des chevaux arrive près d’eux. Ils doivent également pousser leur vélo dans les rues pentues et sur les ponts suspendus. Ce règlement ne touche pas encore beaucoup d’usagers, car, selon les Protocoles du Conseil communal, on n’en voit presque pas circuler en ville.

Ce n’est plus le cas en 1891, lorsqu’un nouveau règlement est promulgué. Le nombre de vélocipèdes a fortement augmenté et la ville propose de nouvelles règles. Il faut, par exemple, que les vélos soient munis de «timbres, grelots ou cornets d’appel, suffisamment sonores pour annoncer d’assez loin leur approche». Ils doivent être éclairés par un falot ou une lanterne. La circulation est toujours interdite dans les rues en pente et sur les ponts. On propose par contre des endroits pour les cyclistes-débutants où ils peuvent s’exercer: les Grands-Places, le Palatinat et le chemin de Grandfey.

Et qui doit encaisser les premières taxes sur les bicyclettes? La ville l’impose dès 1892, mais des vélocipédistes protestent contre cette décision auprès du Conseil d’État. Ils doivent payer une taxe de 3 francs et apposer une plaque sur leur vélo. Le Conseil d’État trouve que c’est là un nouvel impôt déguisé et n’approuve pas cette décision de la ville. Ce n’est que partie remise, puisque l’année suivante, la taxe sera bel et bien admise. En 1916, la Ville de Fribourg recense 300 détenteurs de permis de circulation de vélocipèdes pour une population d’environ 20'000 habitants. 

C’est aussi l’époque des débuts des courses: le 9 juillet 1893 a lieu la première compétition officielle organisée dans le canton de Fribourg sur un parcours de 76 km. Le tracé? Fribourg-Le Bry-Bulle-Albeuve-Fribourg. Soit un tour du lac de Gruyère qui n’existait pas encore. Le règlement de course stipule entre autres que le coureur doit effectuer le trajet en moins de 5 heures, soit une vitesse de croisière miminum de 15.2 km/h.  Il est aussi indiqué que les engins munis de pneumatiques partiront quatre minutes après ceux munis de caoutchoucs pleins et creux. Quelques semaines avant la course, l’organisateur, le vélo-club Fribourg, sollicite un subside au Conseil communal de la Ville en argumentant ainsi sa demande: «Si nous nous adressons à vous, c’est parce que nous savons apprécier la bienveillante sollicitude que vous portez à tous les exercices corporels, lesquels, en développant la force musculaire de notre jeunesse et en augmentant son audace et son sang-froid, contribuent à fournir à la patrie de robustes et vigoureux soldats». Léon Jaeger gagne la course en 3h05. Il reçoit une couronne de laurier et 80 francs en or. Derrière lui sont arrivés au sprint Monney de Gumefens et Charles Auguste Raemy, en 3h10. Ils reçoivent tous deux une couronne de chêne.

Les années 1890 sont également le temps des premiers records dont les journaux fribourgeois se font l’écho. En octobre 1893, le même Léon Jaeger, vainqueur de la première course cycliste, établit le «record vélocipédique Bulle-Fribourg». Il parcourt les 26 kilomètres qui séparent les deux villes en 46 minutes, ce qui fait une moyenne de 34,1 km/h. Le journaliste de La Liberté est admiratif: le record est la «preuve des dispositions exceptionnelles du coureur» sur ce parcours très accidenté et vu l’état des routes «fraîchement gravelées». Et l’on peut nous aussi admirer cette performance en pensant à la bicyclette de ce sportif qui n’a rien de comparable avec les vélos de course ultra-perfectionnés d’aujourd’hui.

La même année, le recordman Alex Fraisse échoue dans sa tentative de record de Fribourg à Villarimboud, car il a eu «à lutter contre la mauvaise qualité des routes détrempées de la veille». Est-ce un record officiel? Impossible d’en savoir plus dans ce court article de La Liberté du 22 décembre 1893.

Pour ceux qui sont intéressés par ces histoires de vélocipédistes et de cyclisme, la Société d’histoire du canton de Fribourg (SHCF) met la petite reine à l’honneur lors d’une matinée itinérante cyclo-historique organisée le 28 septembre 2019 (entre 9h et 12h). La manifestation sera rythmée par des lectures des Diseurs (les comédiens Jacqueline Corpataux et Jean Godel). Après trois courtes étapes dans le quartier du Bourg à Fribourg – avec notamment la participation du conseiller d’État Jean-François Steiert – le mini-tour se terminera au Musée du Vélo à la Poya. La manifestation est ouverte à tous et gratuite. Rendez-vous à 8h45 sur le parvis de la cathédrale St-Nicolas à Fribourg.

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Photos: 

  • Jeunes à vélo à la place du Marché aux Poissons, Fribourg, ©Bibliothèque cantonale et universitaire Fribourg. Fonds Prosper Paul Macherel
     
  • L'Horlogerie-bijouterie et le marchand de vélos à l'entrée du Grand-Pont suspendu de Zaehringen, Fribourg, ©Bibliothèque cantonale et universitaire Fribourg. Fonds Albert Ramstein
     

 

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Anne Philipona

Präsidentin der Gesellschaft für Geschichte des Kantons Freiburg