27.03.2019 |
Article factuel

Sommes-nous plus en sécurité en ville ou à la campagne?

«Au secours!» Sous ce titre, le cours public organisé en 2019 par la Société d’histoire du canton de Fribourg propose de confronter le point de vue d’historiens à celui d’acteurs quotidiens de la sécurité. Il porte aussi, évidemment, sur le sentiment d’insécurité.

La première soirée, le jeudi 14 mars, a réuni deux intervenants de qualité: l’historien François Walter, professeur émérite de l’Université de Genève, et Philippe Allain, commandant de la police cantonale fribourgeoise. Pour parler du sentiment d’insécurité en ville, le commandant Allain a choisi l’exemple le plus frappant: la gare de Fribourg. «On n’est pas en sécurité à la gare de Fribourg», entend-on souvent. Pourtant, affirme le commandant de la police fribourgeoise, objectivement «il ne s’y passe rien». C’est-à-dire qu’il n’y a pas plus d’agressions, de vols, d’incivilités à la gare de Fribourg qu’ailleurs en ville ou dans le canton.

Aujourd’hui, le sentiment d’insécurité est surtout lié à la ville. Ce qui n’était pas le cas autrefois. Les campagnes ont longtemps été vues comme l’espace de tous les dangers, alors que la ville apportait la sécurité. Mais ce sentiment d’insécurité est aussi propagé par de la propagande, déjà au XVe siècle: les villes se développent et ont besoin d’attirer du monde pour les peupler. Alors, on noircit la campagne pour valoriser la ville.

Cette apparente sécurité urbaine se constate physiquement: la ville est délimitée par des murs. Quiconque veut y entrer doit passer par l’une des portes, ce qui permet un contrôle des voyageurs. Et surtout, le soir, au coucher du soleil – ce qui veut dire vers 16 heures en hiver – on ferme les portes de la ville. Les habitants sont en sécurité à l’intérieur des murs.

Les murailles servent aussi à se protéger des soulèvements des paysans. C’est le cas à Fribourg avec «l’insurrection Chenaux» en 1781. Les habitants de Fribourg s’enferment dans la ville en attendant les renforts bernois. Le soulèvement se termine avec l’assassinat de Pierre-Nicolas Chenaux et c’est sur la porte de Romont, en direction de la Gruyère, d’où est partie l’insurrection, que l’on accroche sa tête sur une pique pour effrayer les passants et leur rappeler que l’on ne s’en prend pas impunément au pouvoir patricien de la ville de Fribourg.

Mais d’autres dangers guettent, dont les remparts ne peuvent pas protéger. Les villes qui sont de plus en plus peuplées se densifient, car on construit à l’intérieur des murs. La sécurité y est toute relative, car le danger peut prendre des formes bien différentes. Les épidémies sont les plus insidieuses et les moins contrôlables. La peste bien sûr mais aussi la variole et le choléra en sont quelques exemples aux tristes conséquences.

Au XIXe siècle, les villes sortent de leurs murailles. En Suisse, on démonte les systèmes fortifiés entre 1830 et 1860. À Fribourg, pendant la guerre du Sonderbund, en 1847, la ville peut encore fermer ses portes et s’enfermer dans ses murs, lors du siège de la ville par l’armée des confédérés, siège qui ne dure que quelques jours, avant que la ville capitule.

Puis les villes s’ouvrent, s’extériorisent, s’agrandissent. À Fribourg, on construit la gare, le quartier de Gambach, le boulevard de Pérolles... Les villes ont besoin d’air aussi à l’intérieur, parce qu’elles se sont longtemps construites sur elles-mêmes, pour ne pas sortir de leurs murs. Les médecins – avant les urbanistes, qui n’existent pas encore – trouvent des solutions pour lutter contre l’insalubrité: on élargit les rues – l’exemple le plus impressionnant est la création des boulevards haussmanniens à Paris – on amène l’eau courante, le gaz, l’électricité, on éclaire l'espace public. Les hygiénistes font des enquêtes, luttent contre l’insalubrité. Et la ville de Fribourg n’est pas parmi les mieux loties: un rapport anglais daté de 1907 nous donne une vision bien peu gaie de la ville: «Il n’y a nulle part en Suisse de misère aussi profonde qu’en Angleterre, sauf quelques trous malpropres situés en dessous du Pont Suspendu à Fribourg.» Les problèmes d’insalubrité des logements en Basse-Ville dureront encore un demi-siècle.

Si, aujourd’hui, quelques graffitis à la gare nous donnent un sentiment d’insécurité, il ne faut pas oublier que ce sentiment n’est pas objectif. De plus, les peurs sont trop souvent instrumentalisées par les politiques. Il vaut mieux parfois revenir à des statistiques un peu froides pour ne pas tomber dans une phobie. Même si celles-ci sont aussi à prendre avec précaution. «Fribourg, ville la plus violente de Suisse» avait titré La Liberté le 21 mars 2016, à la suite de chiffres donnés par l’Office fédéral de la statistique. Cela parce que les façons de compter les infractions n’étaient pas les mêmes partout.

 

Inspiré des conférences de François Walter et Philippe Allain: «Mais où peut-on se mettre en sécurité?», cours public d’histoire de la SHCF, 14 mars 2019.

Image: Musée d'art et d'histoire de Fribourg (MAHF), Fribourg vue de l’ouest en 1830 avec la partie occidentale de la dernière enceinte, eau-forte de Ph. De Féguely. De gauche à droite: le Grand-Belluard, la tour d’Aigroz, la porte des Etangs, la tour Henri, la porte de Romont.

 


 

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Anne Philipona

Präsidentin der Gesellschaft für Geschichte des Kantons Freiburg