19.03.2019 |
Article factuel

Le visage social du Grand Fribourg

Chacun d’entre nous est confronté, au moins une fois dans sa vie, à un problème ou à une difficulté qui nécessite une aide et une orientation particulières. Aussi individualiste que soit notre société, les êtres humains ont besoin les uns des autres au travers de contacts tangibles. Le monde virtuel ne remplacera jamais cette réalité ancrée dans notre condition humaine. C’est sans doute la raison pour laquelle les domaines liés au social, d’une manière ou d’une autre, se sont développés au fur et à mesure de l’évolution du fonctionnement de notre société et de ses besoins.

Ainsi, le paysage social du périmètre de la fusion est dense, tant au niveau des prestations ambulatoires que des sites institutionnels. Le but de mon article sur ce blog n’est pas de décrire dans le détail l’offre concentrée dans le Grand Fribourg, mais plutôt de survoler les différentes possibilités dont l’une ou l’autre pourrait vous intéresser, maintenant ou un jour… Jetons donc d’abord un coup d’œil général.

Fribourg pour tous: j’ai testé pour vous!

Sis au cœur du centre-ville, dans le passage du Criblet, «Fribourg pour tous» est un guichet social, une source précieuse de renseignements qui permet d’orienter les personnes demandeuses vers la bonne structure, géographiquement la plus proche de votre domicile. Créé en 2010 par le canton, ce service est encore trop méconnu du public. Pour les habitants du Grand Fribourg, la palette de prestations est très large. En effet, beaucoup d’entre elles sont groupées au sein du périmètre de la fusion, le saviez-vous? Je me suis rendue sur place pour observer, converser, me renseigner. 

Un accueil chaleureux, de vraies personnes dans un lieu réel, lumineux, un brin cosy, un endroit créé pour se sentir tout de suite mieux. Ce qui nous semblait encore normal il y a une quinzaine d’années nous apparaît aujourd’hui extraordinaire au vrai sens du terme: un endroit où l’on peut se rendre sans rendez-vous, un accès simple, un contact direct par deux collaboratrices souriantes et compétentes, une écoute personnalisée, des conseils individualisés. En 2019! Oui, cela tient du miracle! Il est également possible d’atteindre le service par téléphone, d’obtenir un renseignement sans devoir se soumettre à de multiples manipulations et renvois. Alors profitez! Un souci? Une question? Un doute? 

  • Maman devient trop âgée pour se débrouiller seule, mais elle veut rester à la maison, comment faire?
  • Ma fille ne mange plus, qui peut l’aider?
  • Je n’arrive plus à payer mes primes d’assurance-maladie, comment dois-je m’y prendre?
  • La pension alimentaire que je dois verser est trop lourde, à qui dois-je m’adresser?
  • Mon fils ne va plus à l’école, je ne sais comment agir…
  • Papa doit aller au home, est-ce que je dois participer aux frais? 
  • Je ne comprends rien à mon contrat de travail, ni à ma fiche de salaire, qui dois-je contacter?

Toute demande est bienvenue, elle restera confidentielle et ne suscitera aucun jugement de valeur. En vous rendant à Fribourg pour tous, vous verrez que le dicton «il n’y a pas de problème sans solution» correspond à une réalité!

«Il meurt lentement celui qui ne se laisse pas aider», Pablo Neruda

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Autre prestation sociale officielle: les services sociaux des différentes communes

Vous n’êtes pas sans ignorer que la Constitution fédérale, dans son article 12, donne l’obligation aux collectivités publiques telles que ville, village, bourg… de veiller à ce que chaque citoyen qui y vit, même de façon ponctuelle, puisse subvenir à ses besoins, c’est à dire bénéficier au moins du minimum vital. Ainsi, la nouvelle loi sur les communes de 1998 exige que ces dernières s’organisent de façon à pouvoir répondre à cette exigence. Conséquemment, toutes celles concernées par le Grand Fribourg ont un service social ou sont affiliées à un service social doté d’une commission chargée de prendre les décisions. Fribourg et Marly ont leur propre service, celui d’Avry fait partie d’Arcos (Sarine-Ouest), ceux de Villars-sur-Glâne et Matran sont réunis, les autres communes du Grand Fribourg sont regroupées au sein du service de la Sonnaz. Cette répartition est identique pour les curatelles. 

Il appartiendra à l’Assemblée constitutive du Grand Fribourg d’examiner s’il y a lieu de réunir tous les services des communes de la future fusion sous un même toit et à un seul endroit, ce dernier ne devant pas forcément se situer à Fribourg du reste. Pour le citoyen, peu importe le lieu, les transports en commun desservant très bien tout le périmètre. Le regroupement permettrait une gestion plus efficace, mais surtout l’éclosion d’une culture commune basée sur des règles identiques. Actuellement, de très grandes disparités sont encore constatées entre les services, notamment en matière de remboursement. Une étude du SASOC – Service de l’Action sociale – le prouve et conclut à la nécessité d’une harmonisation. En attendant l’établissement de normes, le Service émet des recommandations. Pour exemples:

  • laisser un montant approprié aux personnes qui, en raison d’une entrée en possession de biens, n’ont plus besoin d’aide matérielle
  • établir un budget élargi pour calculer le montant mensuel
  • limiter la période de remboursement à 4 ans au maximum…

Des critères précis au travers de pratiques standardisées et uniformisées seront cependant bienvenus, afin de garantir une égalité de traitement pour toutes les situations. 

Ci-dessous, un exemple de disparité de traitement dans les SSR du canton (source: enquête SASOC 2009)

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Mais le plus important, à mon avis, serait de renforcer un esprit d’accueil chaleureux et non jugeant. Tout le monde parle toujours d’argent, les comptes et les budgets deviennent souvent prétextes à l’immobilisme. Mais qui a conscience que la bienveillance ne coûte rien? Un sourire, un regard compréhensif, c’est gratuit! A long terme, une attitude ouverte génère sans doute des économies. L’écoute, les conseils judicieux, le coup de pouce salvateur peuvent débloquer parfois des problématiques avant qu’elles ne dégénèrent. C’est ce qu’on appelle le travail en amont. Un véritable esprit social doit rester fondamental et être cultivé chez nous comme ailleurs. Les bénéficiaires ne font pas exprès de se mettre dans une situation sans autre issue et les conditions proposées ne sont pas franchement alléchantes. L’humanisme est donc de rigueur, même si le cadre doit être posé. Certes les services sociaux sont nés d’une contrainte légale. Mais l’idée qui la sous-tend est le principe de solidarité, il serait bon parfois de s’en souvenir.
 

Au sein des communes: richesse et diversité des offres proposées

En plus des services sociaux, j’ai pu constater, dans mon petit tour d’horizon, que Fribourg comme les communes des alentours ont toutes développé de nombreuses activités destinées à leurs habitants, activités allant de l’aide aux seniors – repas à domicile, loisirs… – à l’accueil extrascolaire, à l’ouverture de crèches, en passant par une offre culturelle et sportive. Nous y reviendrons dans mes autres articles sur ce blog. Les besoins de la jeunesse sont pris en compte partout et jouent certainement un rôle préventif appréciable. Si l’on trouve une troupe de théâtre amateur, une fanfare dans plusieurs villages, d’autres ont encore la chance de bénéficier d’une bibliothèque et/ou d’une ludothèque. Je suis impressionnée par la richesse de l’offre et l’effort fourni. Cette diversité devrait être maintenue et valorisée, elle appartient à l’ADN de chaque commune. La fusion permettrait néanmoins de créer des synergies et des facilités d’accès aux différentes prestations, à l’exemple de Coriolis pour la culture. Il faut éviter de tout globaliser. Ce serait une grosse erreur qui provoquerait sans doute un échec du projet. 

J’ai lu à ce sujet un article intéressant s’intitulant: Jusqu’où grandir? la barre des 150. L’auteur, Malcolm Gladwell, journaliste d’investigation au New York Times, évoque une question qui devrait être présente à l’esprit des membres de l’Assemblée constitutive: jusqu’où agrandir, avec quels buts et dans quels domaines? La réponse, étayée par plusieurs études scientifiques, est de 150 personnes pour une PME, une institution ou un service. Gore-Tex, l’entreprise américaine, applique cette règle, car elle a constaté que tout devenait beaucoup plus lourd à partir de 150 personnes. Pourquoi 150? Gladwell cite l’anthropologue Robin Dunbar: «Le chiffre 150 semble correspondre au nombre maximal de personnes avec lesquelles l’être humain peut avoir une authentique relation sociale: il sait qui sont ces 150 personnes et quel type de relation il entretient avec chacune d’elles.» 150 personnes semblent être le nombre limite de notre capacité à entretenir des relations sociales.  

Les personnes élues à l’Assemblée constitutive doivent donc trouver les clés d’une répartition pertinente, en fonction des domaines, en tenant compte de l’efficience, mais aussi du respect identitaire. 

Mes prochains articles sur ce blog porteront sur les prestations spécifiques à disposition dans le Grand Fribourg, pour les personnes en difficulté ou en situation de handicap physique, psychique ou mental, pour celles victimes de violence, de maltraitance, et ce en fonction de leur âge et de leur intégration dans notre société. Un regard sera également porté sur les facilités données aux familles concernant la petite enfance et les activités extrascolaires. Les réponses aux multiples besoins font-elles partie de la palette des propositions des communes?

 

Dessin: Fanny Seydoux

Source: Gladwell, M. & Charron, D. (2018) Le point de bascule. Montréal (Québec). Les Editions Transcontinental.

 


 

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Brigitte Steinauer

Seit kurzem pensioniert, ehem. Direktorin der Buissonnets, im Sozialwesen stark engagiert